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- L'archéologie et les origines de Quimper. -

LES PREMIERS VESTIGES : AUTOUR DE L’AN MIL

La période comprise entre la disparition de la cité antique, vers 300 après J-C, et la naissance d’un noyau urbain médiéval aux IXe - Xe siècles demeure une époque profondément obscure de l’histoire de Quimper. L’abandon de la bourgade gallo-romaine installée dans l’actuel quartier de Locmaria, rive gauche de l’Odet, au profit de la cité épiscopale dans la zone de confluence Frout - Odet  à 800 m en amont sur la rive droite, a suscité  bien des hypothèses .

L’artifice le plus rassurant et le plus efficace consista à prolonger l’histoire de la ville antique en imaginant, aux IVe et Ve siècles, son  déplacement vers l’actuelle place Laënnec et sous la cathédrale en anticipant la naissance de la cité médiévale en datant la belle histoire de l’évêque Corentin et du roi Gradlon au VIe siècle. En fait, les nombreuses fouilles récentes conduites dans tous les secteurs de la ville intra-muros révèlent l’absence totale de construction romaine, des débuts ou de la fin de l’Empire.

Les premiers signes d’urbanisation n’apparaîssent qu’à la fin du Xe siècle au confluent de l’Odet et du Frout, qui donnera son nom à Kemper-Corentin. Ce nom apparaît au XIe siècle, mais il peut être plus ancien. L’imposant soubassement d’un édifice découvert en 1993 sous le mur nord du chœur de la cathédrale gothique pourrait être celui de la première cathédrale, qui précéda la cathédrale romane dont la construction n’était pas encore achevée au début du XIIe siècle. Place Laënnec, des pièces de bois, analysées par Vincent Bernard, permettent d’identifier les éléments d’urbanisme en fonction vers l’an Mil au nord de la cathédrale gothique.

Elles appartiennent à des tombes en coffre éparpillées jusqu’au pied de l’Hôtel de Ville, des lambeaux d’esplanade. Un tambour de colonne en pierre, réemployé dans la voirie mise en place entre 1050 et 1100, provient de la destruction d’un bâtiment de belle facture, sans doute en usage.
L'axe de la future rue Obscure était peut-être déjà utilisé à cette époque. S’il n’est pas encore judicieux de parler de ville durant cette période, l'archéologie confirme toutefois que, dès la fin du Xe siècle, un noyau, centré autour d'une petite cathédrale et incluant un cimetière, fit fonction de point d’ancrage de la ville (fig.2) qui allait vraiment naître durant la seconde moitié du XIe siècle.

UN PREMIER PLAN D’URBANISME MIS EN PLACE A LA FIN XIe SIECLE

Durant le dernier quart du XIe siècle, un vaste cimetière est mis en place autour d’une nouvelle cathédrale romane en cours de construction à l’emplacement  de la nef de la future cathédrale gothique.
Pour cela, on recouvre tous les anciens aménagements de la place Laënnec d’une épaisse couche de sable et de graviers.
Là encore, toutes les datations de cercueils, ou coffres en bois ou pierres, sont concordantes, le parvis de la cathédrale et celles, beaucoup plus sommaires, de coffres de pierres détruits dans la cour du Musée Breton, révèlent l’extension de ce cimetière en fonction jusqu’à la fin du XIIIe siècle : près de 4000m².
Un réseau de voies est également réalisé. Il inclut des allées empierrées ou dallées, bordées de pierres ou de planches verticales .
Deux axes, rayonnants par rapport à la cathédrale romane en construction, traversent le cimetière en direction du nord et du nord-ouest. L’un prolonge le tracé de la rue Obscure dont il date l’origine, l’autre rejoint un angle de l’actuelle rue Verdelet. Une troisième allée ceinture le cimetière par le nord et prend, vers l’ouest, la direction de l’église du Guéodet.
A ces voies s’ajoutent la rue Kéréon qui prolonge, vers l’ouest, l’axe de la cathédrale et, vraisemblablement, la rue du Frout avant sa jonction avec l’Odet.
L’allée nord-sud évoquée ci-dessus conduit vers le sud, au pont Sainte-Catherine dont l’ancienneté est attestée par les textes.
Il s’agit d’un ensemble d’autant plus intéressant s’accordant parfaitement avec la position de la cathédrale romane  en construction; détruite seulement à la fin de la première moitié du XVe siècle, elle se situait sous la nef de l’édifice gothique. La localisation du baptistère en usage de l’époque romane, milieu du XVe siècle, peut être au  niveau de la base de mur curviligne mis à jour en 1993, près de la croisée du transept, au nord de l’édifice gothique.
En fait, il semble bien que ces rues définissent, avec la rue Saint-François, l’ancienne rue Dorée et les berges de l’Odet et du Frout, les limites de l’espace urbain mis en place à la fin du XIe siècle. Le plan de Quimper actuel paraît bien avoir ainsi fossilisé un tracé qui pourrait avoir supporté la première enceinte de Quimper enfermant un espace d’environ 4,5 hectares, rien d’étonnant à ce que la ville ait été ainsi entourée de fortifications.
Au coeur de cette enceinte, l’allée de ceinture du cimetière aurait, en quelque sorte, sacralisée un espace occupé par une cathédrale et un baptistère.
Le lieu précis de résidence des pouvoirs civils et religieux demeure inconnu mais devait certainement trouver place ici.
Les habitants purent développer leurs activités sur un espace de 2,5 hectares. Hormis l’existence de leur église paroissiale du Guéodet et les principaux axes  rayonnants, nous n’avons nulle trace de cet urbanisme ancien.
De toute manière, cet intra-muros initial se révèlera rapidement trop étroit et, dès le XIIIe siècle, la structure mise en place à la fin du XIe explosera.
Un plan aussi remarquable et une réorganisation aussi spectaculaire constituent une nouveauté pour la connaissance de l’histoire de Quimper médiéval. Il convient de tenter d’expliquer une telle transformation. Il est assuré qu’une décision forte a justifié son importance et sa brutalité.
Cette décision semble relever davantage de l’initiative politique que de l’évolution progressive. Que l’accession, en 1066, du comte Hoel au titre de duc de Bretagne corresponde exactement avec la fulgurante mutation de Quimper ne relève sans doute pas de la coïncidence, d’autant que la capacité de cette famille à faire des dons importants à l’église a été soulignée par les historiens.

SÉPULTURES EXCEPTIONNELLES

Les vestiges mis au jour dans le cimetière utilisé de la fin du XIe à la fin du XIIIe siècle sont exceptionnels. En dépit d’un programme de fouilles limité aux niveaux superficiels, des observations précises purent être réalisées à propos d’un certain nombre de tombes.
Ainsi, le sol de ce cimetière fut découvert sur une superficie de 120 m² devant le parvis de la cathédrale gothique, à un niveau inférieur de près de 1 m à celui de cet édifice (fig.6). Constitué de graviers et de petits galets, il incluait les dalles des sépultures en coffres de pierres alignées régulières et serrées, orientées vers le porche de la cathédrale romane détruite au XVe siècle. Des tombes en forme de barque côtoyaient des sépultures à loge céphalique marquée. Aucune ne fut fouillée mais cet ensemble remarquable livre une image saisissante d’une partie du cimetière au moment de son abandon, aux environs de 1300. Les observations générales faites à propos de ce type de sépultures concordent avec les données de la dendrochronologie.
Au nord-est de la place, une tranchée-abri, creusée durant la Seconde Guerre mondiale par les soldats allemands, fut vidée mettant en évidence plusieurs dizaines de sépultures à coffre ou cercueils de bois dont l’excellent état de conservation révéla l’accumulation, par véritables couches, des tombes au cours des deux siècles d’utilisation du cimetière. Un sondage exécuté au sud-ouest de la fouille livra d’autres échantillons des différents types de sépultures accumulées. Le mort pouvait être déposé enpleine terre dans son linceul, la tête et le pied de la tombe étant simplement marqués par une pierre posée de chant. 
Datés de la fin du XIIIe siècle par dendrochronologie et chronologie relative, deux cercueils d’enfants constituent les éléments les plus spectaculaires. L’analyse des deux cercueils et de ses occupants permit de reconstituer, avec une précision parfois émouvante, les gestes simples qui accompagnèrent la mise en bière des enfants. Anne Dietrich identifia les bois utilisés pour la fabrication des cercueils : le hêtre et le chêne. Elle proposa également, avec précision, la nature et la chronologie des gestes de fabrication des cercueils, de la mise en bière des jeunes défunts et du montage des coffres autour de leurs corps emmaillotés.

LES EVOLUTIONS A PARTIR DU XIIIe SIECLE ET LA FIN DU MOYEN ÂGE

La cathédrale actuelle de Quimper ne fut pas, dans son fonctionnement, un édifice médiéval. Elle n’appartient pas au paysage urbain du Moyen Age.
Bien que dans ses détails le plan de Quimper intra-muros de la fin du XVe siècle (fig.12)  ressemble à celui, excellent, que dessine l’ingénieur André en 1764, il demeure cependant le jalon essentiel de la longue histoire qui conduit du modeste noyau urbain développé autour d’une petite cathédrale primitive proche de l’Odet et du Frout à la ville actuelle dont le plan quadrangulaire dissimule la trame rayonnante initiale, mise en place au XIe siècle.

EN CONCLUSION :

Il n’y eut pas de ville romaine au confluent de l’Odet et du Frout. Un schéma cohérent, sans doute issu d’une volonté politique, définit, à la fin du XIe siècle, un urbanisme rayonnant. Centré sur la cathédrale romane, ce schéma fut confronté à l’usure du temps et à la construction d’un édifice d’une toute autre dimension : la vaste cathédrale gothique. Cela aboutit progressivement, entre le XVe siècle et le début du XIXe, au plan quadrangulaire que nous connaissons aujourd’hui ; un plan qui devait induire en erreur et entretenir le mythe d’une cité antique à structure orthogonale.



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